Séjour à Chabottes 7-10 Mai 2026: J2: Le puy de Manse (440m D+; 7,8 km)
- 22 mai
- 4 min de lecture
Le billet de Jocelyne: Du haut de ses 1637 mètres et sous ses airs de volcan, le Puy de Manse est un sommet isolé à la végétation rase qui offre un panorama à 360° sur la vallée du Champsaur, le bassin gapençais, le Dévoluy…
Avant toute chose, il faut rétablir une vérité.
Cette randonnée nous avait été vendue comme une sortie :
« DOUCE » Oui DOUCE.
Avec une montée annoncée à :
· 5 % tranquille,
· 7 % maximum.
Spoiler :quelqu’un a dû faire les calculs avec un niveau à bulle cassé.
Parce que sur le terrain, le ressenti était plutôt :
+12 % minimum, avec passages classés « col hors catégorie » par nos quadriceps.
Mes genoux, eux, envisagent actuellement de porter plainte pour tentative d’homicide en montagne.
Le départ se fait pourtant dans une ambiance bucolique presque suspecte.Des alpages couverts de fleurs, des orchidées, des gentianes, des pissenlits mutants gros comme des salades… bref, un décor tellement joli qu’on en oublierait presque qu’on est venus ici pour « souffrir ».
Le sentier monte tranquillement pendant que chacun fait semblant d’être en grande forme :— « Franchement ça va… »(Traduction : fréquence cardiaque à 180 et poumons en mode Windows 95.) Oups, c’est dire !!
Avant l’assaut final, surgit un plateau herbeux avec des sièges relax tournés vers les montagnes : le genre d’installation qui te fait croire que la randonnée, finalement, c’est du bien-être.
ERREUR :
Le piège psychologique parfait.
On s’installe.On contemple.On se sent puissants.On prend des photos façon catalogue “Randonnée & Sérénité”.
Et là… la montagne éclate de rire (la récréation est terminée).
Devant nous apparaît UNE ARÊTE.
Pas une petite montée sympathique.Non.Un mur.
Le genre de pente où même les chamois doivent prendre de l’élan.
Raide, caillouteuse, sans état d’âme. À ce moment-là, une théorie fait l’unanimité : les vaches du coin n’ont pas des sabots… mais des ventouses Michelin homologuées montagne extrême.
Après quelques souffles courts, des mollets qui couinent et deux ou trois “ça monte encore ?!”,
« Qui m’a forcé à venir ? »— « Mes jambes ne font plus partie de mon corps. »— « Si je m’arrête maintenant, je peux vivre ici ? »
Mais contre toute attente… nous survivons.
Arrivée triomphale au sommet (1633 m) et sa croix. Souffles courts.
Vue grandiose sur des sommets blancs.
Sensation de victoire totale. Photos héroïques
Mais l’aventure ne s’arrête pas là.
Et comme un sommet ne suffisait visiblement pas à notre folie collective, nous repartons hors sentier vers un deuxième sommet à 1603 m, avec le vide sur la droite histoire d’ajouter un léger parfum “Koh-Lanta des Alpes”.
Là-haut, Gap et sa vallée s’étendent sous nos yeux quand soudain… un aigle surgit en contrebas. Immense. Majestueux. En vol juste en-dessous de nous ! Le rapace semble poursuivi par quelques corneilles kamikazes bien décidées à défendre leur espace aérien. Spectacle grandiose, moment suspendu Silence admiratif du groupe…
— « WHOUAAAAA ! »
Clairement, National Geographic aurait pu tourner un épisode entier avec nous.
Mais l’aventure ne faisait que commencer.
Il faut redescendre vers Manse Vieille (1299 m). Enfin… “redescendre” est un grand mot. Disons plutôt : se laisser glisser approximativement dans 300 mètres de pente sans vraie trace.
Chacun invente sa propre discipline :
· ski sur chaussures de rando,
· descente en crabe,
· roulé-boulé contrôlé,
· freinage fessier discret.
Clairement, nous ne sommes ni des moutons acrobates ni des vaches à ventouses.
Et là, nouveau niveau de jeu : retrouver les antennes pour récupérer le sentier. Devant nous : champs, clôtures, passages improbables… une escape Game géant version Hautes-Alpes.
Même Visorando semblait avoir abandonné :— « Désolé les amis… débrouillez-vous. »
Le groupe se scinde en deux équipes d’explorateurs perdus. Pendant trente minutes, chacun erre dans son écozone respectif jusqu’au miracle final : retrouvailles près des antennes ! (Séquence émotion…)
Ce lieu deviendra officiellement notre spot pique-nique, à l’ombre des pins, dans une prairie remplie de fleurs de pissenlit, avec vue directe sur le Puy de Manse que nous avons héroïquement conquis.
Nos deux Pierre, soudain habités par l’esprit de Panoramix, partent en cueillette de feuilles de pissenlit avec le sérieux de druides préparant une potion magique.
Pendant ce temps, Valérie, impériale dans la maîtrise du GPS, en mode commando satellite nous rejoint, Hervé et Jean-Luc assurent le guidage radio façon tour de contrôle de Roissy :
— « Encore 20 mètres ! »— « Non l’autre gauche ! »— « Là ! Tu nous vois ?! »Une véritable opération militaire de l’OTAN.
Sur le chemin du retour, ultime rencontre improbable : des sangliers en enclos.
De beaux spécimens bien dodus :“des figatellis sur pattes.”
Le ciel commence alors à changer d’humeur. Les nuages s’amoncellent. Ça gronde au loin.
Ambiance fin du monde version Alpes du Sud !
Une goutte… puis deux… timing parfait : juste le temps d’atteindre les véhicules avant l’ouverture officielle du rinçage.
Retour au gîte : fin de l’Aventure ? Evidemment NON !
Sylvie lance alors une activité de haute stratégie cérébrale extrêmement dangereuse après une journée de randonnée :
CODE NAMES.
Le principe paraît simple : faire deviner plusieurs mots à son équipe avec un seul indice.
Le résultat, lui, est beaucoup moins maîtrisé.
Ce qui devait être un jeu devient rapidement une expérience scientifique sur les limites du cerveau humain en déficit d’oxygène.
Entre associations improbables, déductions lunaires et raisonnements catastrophiques, l’ambiance bascule rapidement dans le grand délire collectif.
Fous rires.Accusations absurdes.Trahisons stratégiques.Délires permanents.
Et pendant que les neurones rendent officiellement leur démission…
Pas le temps de récupérer : l’heure sacrée du repas approche.
Au menu ce soir : raclette party.
Enfin… après apéro bien sûr.
Et là, entre en scène Daniel, officiellement promu :
Maître suprême du Mojito Alpin.
Dosage parfait, Seigneur de la menthe fraîche, Alchimiste du Rhum, Dosage chirurgical.Gestuelle élégante.… un véritable barman de refuge clandestin. Les mojitos tombent avec une efficacité redoutable pendant que les appareils à raclette chauffent doucement en arrière-plan….
La soirée peut commencer.
Bilan de cette journée :
· 2 sommets conquis,
· 1 randonnée “douce” classée hors catégorie,
· Survécu à des descentes approximatives,
· 1 aigle aperçu,
· 14 glissades évitées de justesse,
· 2 équipes perdues,
· 1 opération GPS de sauvetage,
· des sangliers-charcuteries observés,
· des druides cueilleurs révélés,
· des mojitos homologués Patrimoine Mondial,
· et toujours aucune preuve que les vaches n’ont pas des ventouses.
· Terminer autour d’une raclette (++++) sous assistance mojito et autres spiritueux !
Une vraie journée d’aventuriers.Ou de survivants.La frontière devient floue.
A très vite pour l’épisode 3.
Ciao !





















