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Rando du 13 Juin 2026: Les lacs de Cerisé et du Mercantour (700-930m D+; 6,5km)

  • 23 juin
  • 6 min de lecture

Dernière mise à jour : 25 juin



Le billet de Jocelyne:

Randonnée du Samedi 13 Juin 2026

Le Lac de Cerise (2223M) & le Lac du Mercantour (2454 M) – départ du Gîte du Boréon (1476 M)

Le col de Cerise (2543 M) constitue une crête frontalière entre la France et l'Italie. Il relie St Martin de Vésubie (975 M) et Terme di Valdieri (1370 M) : Ancienne voie de communication datant de 1430, lorsque le haut pays Niçois dépendait de la Maison de Savoie (prélèvement de la gabelle – bon maintenant on a internet pour la déclaration d’impôt… !).

« cerasus » sont issus les toponymes imagés de « ciriega » (en Italien), de «  ciriela » (en dialecte) et de « cerise » qui font allusion aux arbres fruitiers plantés autrefois au-dessus du Lac du Boréon.

Ce col s'est avéré être un passage stratégique : il aurait servi en 1795 au passage de troupes sardes (l'expédition Bonnaud) pour reprendre Saint-Martin-Vésubie des mains des troupes françaises. Un petit blockhaus est présent sur le versant français du col ainsi qu'une petite citadelle sur le versant italien. 

Toutes les fortifications sont italiennes, le col ne devient frontière qu'en 1947 avec le traité de Paris.

Le col a servi de route d'exil en septembre 1943 pour la communauté juive niçoise fuyant l'arrivée des troupes allemandes, qui remplacèrent les troupes d'occupation italiennes. Une plaque au col commémore cet exil.

Expédition au Lac de Cerise et au Lac du Mercantour : quand "investissement physique" veut dire autre chose...

Avant de commencer, une précision importante.

Ces deux randonnées sont classées en « Catégorie Sportive »

Dans les descriptifs, on peut lire :

"Lacs d'altitude ponctués de montées, ressauts successifs, nécessite un certain investissement physique."

Alors là...

Permettez-moi une traduction plus fidèle.

Dans le langage du randonneur :

👉 "Ponctué de montées" signifie que la montagne monte souvent.

👉 "Ressauts successifs" signifie que lorsque vous pensez avoir terminé la montée... une autre vous attend derrière.

👉 "Certain investissement physique" signifie qu'à un moment donné vous allez négocier avec vos quadriceps comme un syndicaliste en fin de conflit.

Bref...

Méfi ! Méfi !

Parce qu'entre ce qui est écrit sur le papier et ce qui vous attend réellement sur le terrain, il y a parfois autant de différence qu'entre une flaque et l'océan (Si, si… !).

Deux groupes, deux missions, une même interrogation :

"Mais qui a conçu ce parcours ?"

• Groupe Lac de Cerise (3,25 km.)

Encore aujourd'hui, ce chiffre nous fait sourire, normalement, c'est la distance que l'on parcourt pour aller chercher le pain. Sauf qu'ici, la montagne a ajouté discrètement : 712 mètres de dénivelé positif.

Le sentier attaque immédiatement.

Aucun échauffement, aucune négociation, ça grimpe.

Le premier ressaut arrive, puis le plateau du Cavalet. (La traversée du Vallon de Cavalet, forêt de Mélèzes est une splendeur).

On croit souffler : erreur de débutant.

La montagne vous laisse récupérer juste assez pour repartir à l'assaut du ressaut suivant.

Puis du suivant, puis du suivant.

Chaque fois que l'on aperçoit un replat, une petite voix intérieure murmure :

"Ça y est, le plus dur est derrière nous."

Cette voix ment.

Systématiquement les marches deviennent rapidement hors normes.

On ignore quelle réglementation les encadre.

À vue d'œil, elles semblent avoir été construites pour des géants du Mercantour aujourd'hui disparus.

Certains ont envisagé de demander un escabeau (Si, si 1M56 rappelez-vous m’enfin !).

"lac" est un grand mot. En cette saison, il ressemble davantage à une flaque ambitieuse qu'à un véritable plan d'eau. Mais quel écrin ! Un tapis de rhododendrons rose vif éclate entre les mélèzes vert tendre, accompagné de quelques gentianes Koch pourpres. Même Pierre Cardin n'aurait pas osé une telle association de couleurs.

C'est là qu'un chamois particulièrement aimable nous attendait, il a posé sous tous les angles, a pris son temps, puis est retourné tranquillement déguster des fleurs de rhododendrons.

À 2223 mètres d'altitude, nous avons donc assisté à un cours magistral de gastronomie alpine.

Restaurant 4 étoiles, même le chef Ludovic Dupont pourrait venir prendre quelques notes.

• Groupe Lac du Mercantour : les explorateurs de l'impossible…où les Légendes commencent... !

Pendant ce temps, cinq aventuriers se lançaient dans une mission encore plus ambitieuse :

9,2 km et 938 m de dénivelé positif.

Autrement dit :

Une quantité de montée suffisante pour faire fondre plusieurs articulations.

Les genoux ont protesté.

Les hanches ont négocié.

Les mollets ont demandé l'intervention d'un avocat.

Mais l'expédition avançait.

Les paysages devenaient de plus en plus grandioses.

D'abord la forêt, puis les alpages, puis la haute montagne, puis le minéral, puis…Le CHAOS.

Le vrai, le gigantesque pierrier.

Un univers de blocs rocheux où le sentier semble avoir disparu depuis plusieurs siècles.

Et où le seul guide restant est un mystérieux peuple de cairns.

Commence alors une discipline méconnue :

La lecture de cairns en terrain hostile.

— C'est un cairn ?

— Non.

— Et celui-là ?

— Peut-être.

— Et là ?

— Non, c'est un caillou qui rêve d'être un cairn.

— Et celui derrière ?

— Celui-là est un cairn mais il indique peut-être autre chose...

Même le Petit Poucet aurait demandé une mise à jour GPS, mais nous poursuivons.

Parce que l'aventure commence précisément quand on ne sait plus très bien où finit le sentier.

Un décor minéral extraordinaire où chacun progresse en développant une technique de déplacement inspirée à la fois du bouquetin, du grimpeur et du contorsionniste.

Après cette succession de ressauts, de chaos rocheux, il apparaît enfin…Majestueux, Sauvage, isolé (+++), Mérité (+++++) : Le Lac du Mercantour, presque irréel...

Plus personne ne pense aux 938 mètres de montée. On savoure, enfin presque, les mollets s’en souviennent encore, les hanches aussi.

Les genoux ont demandé à ne pas être cités dans ce récit.

Début juin, le lac était encore largement prisonnier des glaces.

Le 12 juin, il ne restait plus qu'un petit iceberg solitaire.

Un glaçon perdu au milieu du lac. Le dernier combattant de l'hiver.

Le dernier samouraï des neiges. Une vision à la fois drôle et magnifique (Vision toujours sans Génépi !)

Un pique-nique digne des grands explorateurs

Là-haut, à 2233 mètres d'altitude, le pique-nique prend une dimension particulière.

Valérie sort alors son arme secrète :

Un saucisson corse rapporté de Balagne.

Silence dans les rangs, respect, recueillement.

À cette altitude, les saveurs explosent. Le saucisson devient un trésor national.

Le café ressemble à un nectar divin.

Le chocolat atteint un niveau philosophique.

Les canestrellis touchent au sublime.

Nous avons probablement vécu l'un des plus beaux pique-niques de haute montagne jamais homologués.

Gilles et la Rimaye de l'Extrême

Une aventure sans péripétie n'est qu'une promenade.

Heureusement...Il y avait Gilles.

Sur les névés que nous avons dû traverser, les fameuses rimayes ouvrent leurs gueules sombres entre la glace et la roche.

Des crevasses impressionnantes, profondes, mystérieuses.

Et visiblement très intéressées par Gilles (Bah m’enfin !...)

Une seconde il marche, la suivante...disparu.

Plus de Gilles, évaporé, absorbé, téléporté.

Lorsque nous nous retournons, il ne reste qu'un bras qui dépasse.

Un bras !

À cet instant précis, plusieurs scénarios sont envisagés :

• appeler les secours ;

• prévenir sa famille, organiser une fouille,

• le déclarer nouvelle curiosité géologique du Mercantour ;

• lui envoyer un sandwich.

• Vous auriez fait quoi vous ?!

Finalement, après une opération de sauvetage de très haut niveau (beaucoup de rires et une efficacité toute relative), Gilles retrouve la surface.

La montagne a tenté. La montagne a échoué. La Montagne n’aura pas notre Gilles !

Le retour des héros

• Il faut ensuite retraverser le pierrier.

• Retrouver les cairns, retrouver le sentier.

Nous retrouvons finalement le groupe du Lac de Cerise. Eux avaient eu le temps de faire la sieste en nous attendant. Certains semblaient même parfaitement reposés. 

Une attitude assez provocatrice compte tenu de notre état.

Au final, cette randonnée nous aura offert :

✅ Des rhododendrons à perte de vue.

✅ Des chamois mannequins.

✅ Une leçon d'histoire franco-italienne.

✅ Un torrent "furieux".

✅ Un chaos rocheux hors catégorie.

✅ Des rimayes impressionnantes.

✅ Une disparition temporaire de Gilles.

✅ Et surtout la preuve scientifique qu'un sentier de 3,25 km peut être beaucoup plus long qu'un marathon lorsqu'il décide de grimper tout droit vers le ciel.

Le Mercantour est décidément un endroit merveilleux où l'on part pour voir un lac... et où l'on revient avec une aventure digne d'un épisode de "Koh-Lanta : spécial montagnards obstinés".

Retour à Saint-Martin-Vésubie pour le pot de l'amitié.

Le reste du saucisson corse a subi une disparition aussi rapide qu'inexpliquée.

Gérard a offert une magnifique part de socca.

Les verres se sont levés.

Les exploits ont grandi.

Les marches sont devenues plus hautes.

Les névés plus impressionnants.

Le torrent plus furieux.

Et la chute de Gilles probablement plus profonde de deux ou trois mètres à chaque récit.

Bref, une journée parfaitement normale entre aventuriers.

Entre les rhododendrons en fleurs, les chamois Mannequins, les lacs d'altitude, les sommets encore enneigés, les paysages grandioses et les fous rires partagés...

On est prêt à retomber dans le piège dès le prochain week-end… !

A bientôt pour de nouvelles Aventures !

Ciao !

 
 
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